Des amis de longue date sur le même navire

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La Vigie - Hiver 2017 / Le 1 février 2017

Par le capitaine Rick Donnelly

Si vous aviez demandé au matelot chef Donald Merlo ou au matelot de 1re classe Zachery Warwick lorsqu’ils étaient enfants ce qu’ils voulaient faire comme métier, vous auriez probablement reçu une réponse habituelle : soit policier, pompier, ou peut-être même athlète professionnel.

Ces deux militaires n’auraient jamais cru qu’un jour ils allaient naviguer en haute mer en tant que membres d’équipage à bord d’un navire de la Marine royale canadienne (MRC). Et encore moins qu’ils allaient naviguer ensemble.

L’automne dernier, le Matc Merlo et le Mat 1 Warwick ont navigué à bord du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Brandon dans le cadre d’une longue mission opérationnelle dans des eaux étrangères.

Les deux hommes sont amis de longue date et rivaux sur le plan athlétique. Le Mat 1 Warwick a été le premier à porter l’uniforme de la MRC.

« Je me suis enrôlé le premier en 2006. Je me cherchais un emploi, et je voulais quelque chose de différent, affirme le Mat 1 Warwick. J’ai d’abord souhaité devenir opérateur d’équipement d’information de combat (Marine), mais ma mère m’a dissuadé. Elle était d’avis que la meilleure chose que je pouvais faire était d’apprendre à cuisiner. Elle m’a dit qu’elle ne serait pas toujours en mesure de cuisiner pour moi et que je devais donc apprendre à le faire. »

Le Mat 1 Warwick explique qu’il lui a fallu un certain temps pour prendre goût à la vie de militaire. « J’ai suivi l’instruction élémentaire à l’été 2006, et j’ai détesté cela. C’était difficile, précise‑t‑il. J’aimais cependant rencontrer les gens. J’ai fait la connaissance de gens de partout; bon nombre d’entre eux sont encore de très bons amis aujourd’hui. Les liens créés dans des moments difficiles sont très solides. »

La passion avec laquelle le Mat 1 Warwick évoquait les liens créés en service a convaincu le Matc Merlo qu’il se plairait dans la Marine.

« Zach n’a pas eu de mal à me convaincre de m’enrôler lorsqu’il m’a raconté comment ça se passait et qu’il m’a parlé des gens qu’il rencontrait, affirme le Matc Merlo. Je savais alors que c’était aussi ce que je voulais faire. Je suis convaincu que Zach ne s’attendait pas à ce que je m’enrôle ni à ce que nous servions à bord du même navire dix ans plus tard. Mais voilà, c’est arrivé. »

Le Matc Merlo était si convaincu que la vie dans la MRC était la voie à suivre qu’il a persuadé un grand groupe d’amis de s’enrôler avec lui. Du moins, c’est ce qu’il croyait. Le groupe de 10 amis a conclu le pacte de s’enrôler dans la MRC. Le résultat était pour le moins différent.

« Neuf amis et moi devions entreprendre l’instruction élémentaire au cours de l’été, mais j’ai été le seul à le faire, se rappelle le Matc Merlo. Tout est bien qui finit bien pour moi, finalement. Cela m’a permis de me rendre où je suis aujourd’hui. Je ne remercierai jamais assez Zach de m’avoir présenté cette carrière. La vie militaire m’a rendu heureux. »

Dix ans se sont écoulés. Même si le Matc Merlo et le Mat 1 Warwick n’ont jamais perdu contact, ils n’avaient jamais eu l’occasion de travailler ensemble. Ils se voyaient à l’occasion sur la jetée et se sont fait un bon nombre d’amis en commun à bord des différents navires au port de la BFC Esquimalt, la base navale près de Victoria (C.‑B.). Cependant, ils ne semblaient pas être destinés à travailler ensemble.

Cela a changé à l’automne 2016.

Ils ont tous deux été sélectionnés pour occuper des postes clés à bord du même navire qui participait à une mission opérationnelle. Les chances étaient plutôt minces, puisque trois navires étaient affectés à cette même mission (les autres étant le NCSM Edmonton et le NCSM Kingston, le port d’attache de ce dernier se trouve à Halifax). Et pourtant, le destin les a réunis. Ils se sont retrouvés tous deux sur le NCSM Brandon.

Le Matc Merlo venait de terminer l’instruction en vue d’un poste de maître de manœuvre à bord d’un navire à l’avenir lorsqu’il a appris que « l’avenir » était devenu « l’immédiat ».

« Je m’attendais à être jumelé à mon ancien maître de manœuvre et à ce qu’il soit mon mentor, précise le Matc Merlo. Mais mon destin était tout autre. J’ai été directement affecté à une mission opérationnelle. Lorsqu’on m’a dit “Félicitations Matc Merlo, vous allez être le maître de manœuvre du NCSM Brandon”, mon estomac s’est noué. Je suis sorti, j’ai appelé à la maison et j’ai immédiatement commencé à me préparer pour la mission. »

Le poste de maître de manœuvre à bord d’un navire est en quelque sorte un rôle de quart arrière du pont. Ce sont les maîtres de manœuvre qui mènent le bal, de la mise à l’eau des canots pneumatiques du navire à la coordination des tirs à l’aide des armes. Lorsqu’ils parlent, on les écoute.

Le temps de préparation du Mat 1 Warwick en vue de la mission a également été bref, car il a appris peu de temps avant son départ qu’il allait occuper le poste supérieur de son groupe professionnel militaire à bord d’un navire.

« Peu de temps avant l’affectation, mon équipe de commandement m’a demandé comment je me sentais à l’idée d’occuper le poste de maître cuisinier pour cette mission, rapporte le Mat 1 Warwick. J’avais confiance tant en compétences culinaires qu’en mes aptitudes de leadership. C’était un défi particulier de devoir diriger une équipe dont certains membres avaient servi plus longtemps que moi et avaient plus d’expérience. »

Maintenant que la mission est terminée, le Mat 1 Warwick et le Matc Merlo gardent un souvenir positif de leur expérience. Même s’ils sont tous les deux fiers de ce que la mission a permis d’accomplir, le sentiment de réussite est un peu plus personnel.

« C’était réconfortant de savoir qu’il y avait avec moi une personne sur qui je pouvais toujours compter, précise le Mat 1 Warwick. Je n’avais jamais pensé que nous pourrions nous retrouver dans une situation semblable lorsque nous nous sommes enrôlés dans la MRC, mais nous y étions, maître cuisinier et maître de manœuvre. Maintenant que la mission est terminée, j’ai toujours du mal à le croire. Je me demande encore souvent si cela est réellement arrivé. Donny était toujours là pour moi. Au bout du compte, j’étais très heureux de savoir qu’une personne que je connaissais depuis des années était avec moi. »

Pour ce qui est du Matc Merlo, même si l’objectif de la mission constituait le facteur déterminant de son travail, il y avait quelque chose de plus, au moins sur le plan personnel.

« C’est mon meilleur ami. Nous ne sommes pas seulement des amis en uniforme, nous sommes des amis dans la vie, affirme‑t‑il. Chaque mission comporte des périodes très éprouvantes. On croit qu’on va céder. Avoir son meilleur ami à ses côtés aide à ne pas abandonner… il n’y a pas vraiment de mots pour expliquer un tel lien. Il croit en moi, et je crois en lui. Que pouvons‑nous demander de plus d’une amitié? »