Parrain de navire : Au-delà du baptême du navire

La Vigie - Été 2017 / Le 12 juillet 2017

Par John Knoll

Si vous avez suivi l’actualité liée à la Marine dernièrement, vous savez que nous avons récemment annoncé le nom des marraines des deux premiers navires de patrouille extracôtier et de l’Arctique, à savoir Sophie Grégoire Trudeau pour le Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Harry DeWolf et Margaret Elizabeth Brooke pour le NCSM Margaret Brooke, le navire nommé en l’honneur de sa tante.

Cela nous amène à nous demander ce que fait exactement le parrain ou la marraine d’un navire.

Traditionnellement, il ou elle est une personnalité de premier plan qui a des antécédents de service de la collectivité. Bien sûr, il ou elle joue un rôle lors de la cérémonie, mais on l’encourage aussi à maintenir une relation avec le navire et son équipage. Beaucoup le font.

Parrainer un navire est un peu comme être le parrain d’un enfant, c’est-à-dire être présent lors des grands événements liés à l’entrée en service du navire. Par exemple, au début de l’assemblage du navire, au moment de la construction de la quille, le parrain a le devoir de la déclarer « bel et bien établie ».

Lors du baptême du navire – maintenant appelé lancement ou cérémonie de baptême – le parrain brise une bouteille de champagne sur la proue – c’est un peu comme l’eau utilisée au moment du baptême des humains – pour obtenir la bénédiction du navire et de son équipage.

Les rites actuels, comme bien des traditions relatives à la marine, sont fondés sur une longue histoire. Ils découlent des us et coutumes pratiqués depuis toujours, lesquels sont devenus des traditions.

Les baptêmes de navire remontent aux temps anciens. Selon la croyance populaire, il fallait faire des sacrifices pour essayer d’obtenir la protection divine pour le navire et son équipage. Les Grecs inondaient les nouveaux navires avec du vin et de l’eau. Les Vikings allaient encore plus loin. On dit qu’ils baptisaient leurs navires avec le sang de jeunes hommes broyés sous la quille au moment du lancement. Les Fidjiens et les Samoans baignaient leurs canots dans le sang de leurs ennemis.

Alors! Assez de sacrifices sanglants. Tôt ou tard, le vin est devenu le symbole du sang dans les cérémonies navales tout comme c’est le cas pour les rites religieux en général. Et, à un certain moment, le vin a cédé la place au champagne qui est de nos jours la boisson de prédilection pour les lancements.

À l’origine, on trinquait avec un calice en argent que l’on n’utilisait qu’une seule fois et qu’on jetait à la mer. De cette façon, on veillait à ce qu’il ne soit pas utilisé pour porter un méchant toast au navire. Cette pratique est devenue coûteuse et vers 1690 on a commencé à se servir d’une bouteille en verre.

La pratique habituelle était de demander à un prince ou à un membre masculin de la famille royale de fracasser une bouteille sur la proue. Toutefois, tout cela a changé en 1811 lorsque le prince-régent, le futur roi George IV, a invité une dame à le faire, ce qui a donné lieu jusqu’à présent aux marraines. (Cela dit, il n’est pas obligatoire que ce soit une marraine.)

Fait à noter : même si, de nos jours, les cérémonies ne sont plus synonymes de mort, il n’en demeure pas moins qu’elles ont déjà été dangereuses. En effet, une bouteille malencontreusement lancée a frappé un spectateur qui a poursuivi en justice l’amirauté. Depuis lors, la bouteille est généralement fixée au navire par un cordon ou est maintenue fermement dans un bras mécanique ou tout autre dispositif.

Même si des détails ont été modifiés, les éléments essentiels de la cérémonie restent inchangés. Dans les cérémonies de baptême modernes, le parrain casse la bouteille de champagne sur la proue (normalement de façon mécanique en appuyant sur un bouton), révèle le nom du navire et invoque des bénédictions pour le navire et l’équipage.

Au-delà de ces premières cérémonies importantes, certains parrains gardent le contact avec leur navire. La durée et la qualité de cette relation dépendent du parrain, mais aussi en grande partie du commandant.

Tous les nouveaux commandants ont pour tâche d’écrire au parrain du navire afin de se présenter et de chercher des occasions de l’inviter à participer à la vie du navire. Cela peut se traduire par des visites dans la ville ou le port éponyme, des réceptions ou d’autres événements.

Certains parrains ont gardé des liens étroits avec leur navire et avec la marine, et cela pendant des décennies après la cérémonie de baptême. De plus, le parrain peut s’avérer un atout précieux pour le commandant et un membre fidèle de la grande famille de la marine.

John Knoll est officier du patrimoine pour la Marine royale canadienne.

Sources :

Ce que vous avez toujours voulu savoir sur les traditions de la Marine (sans jamais oser le demander), par le Capv (retraité) R.G. Allen

Customs and Traditions of the Canadian Navy, Ltv Graeme Arbuckle, 1984

Customs of the Navy, Capc A. D. Taylor, CD, MRC, 1956 - Révisé 1961.