Leçons des anciens combattants du NCSM Kootenay

FMAR(A) - Le point de vue de l'amiral / Le 18 novembre 2013

Il y a deux semaines, je me suis joint aux marins du système de l’instruction navale et aux anciens membres de l’équipage du NCSM Kootenay pour rendre hommage à neuf de leurs compagnons d’équipage décédés lors d’une terrible explosion et de l’incendie qui a suivi le 23 octobre 1969. Cette tragédie a également dévasté des familles, blessé cinquante personnes et infligé des blessures invisibles indélébiles à nombre des 200 survivants. Heureusement, grâce à cette expérience, et preuve que la Marine royale canadienne est une institution apprenante, pendant des décennies, l’accident a concentré l’attention sur la lutte contre l’incendie et l’intervention en cas d’urgence à bord des navires. 

Au centre d’instruction en matière de lutte contre les avaries Kootenay, vous pouvez découvrir de nombreux présentoirs dédiés aux causes et aux effets de l’explosion. Il est aisé de comprendre l’importance des processus d’assurance du matériel nécessaire pour garantir la sécurité de machines haute technologie et intrinsèquement dangereuses. Les leçons que les ingénieurs ont tirées de cet accident sont bien présentes dans les changements de conception des navires mise en évidence dans d’autres présentoirs. À partir des récits et des images, même un profane peut comprendre l’énorme investissement en équipement, l’apprentissage à l’école, et la formation à la préparation en mer qu’une marine moderne doit assumer pour fonctionner en toute sécurité sur les océans inhospitaliers où les périls sont grands. Ce sont des leçons que nous n’oserions jamais oublier. La plupart des marins ne peuvent pas ne pas apprendre lors de leur instruction à l’école qu’il y a des circonstances en situation de crise ou de conflit lors desquelles vous devez vous démarquer en tant que leader, que vous le vouliez ou non, et peu importe votre grade.

À cause de cet événement sur le Kootenay, les marins canadiens font attention à la lutte contre les incendies dans une bien plus grande mesure que toute autre discipline tactique. L’expérience qu’ont connue les vétérans à bord du Kootenay est gravée à jamais dans notre mémoire collective de la marine. C’est un brutal rappel que l’ordre en temps de paix de la journée d’un navire de guerre peut soudain virer au chaos, en noirceur, en émanations mortelles et en chaleur brûlante.

Peu importe le nombre d’expériences que nous avons personnellement vécues, le nombre de drills suivis, et le nombre de fois où nous sommes retournés à l’école de lutte contre les incendies pour une formation d’appoint, nous n’avons pas encore appris toutes les leçons de l’expérience du Kootenay. Cette année, au cours de la cérémonie commémorative de la tragédie du Kootenay, j’ai été ému par une autre chose que vous ne verrez pas dans les présentoirs à l’école. J’ai été témoin de la résilience incroyable de nos vétérans. Dans leur expérience d’une longue souffrance endurée à cause des horreurs de cette explosion, j’ai vu une solidarité toujours présente, une joie de vivre et un message pour tous les membres en service.

En effet, les survivants du Kootenay donnent des leçons à tous les Canadiens sur les vétérans et les raisons pour lesquelles nous commémorons leur souvenir. Ils nous apprennent un code de conduite, du devoir et du service avant soi, d’excellence et de courage. Ils nous rappellent que le pouvoir de la communauté et de l’équipe dépasse la somme des efforts individuels. Ils nous apprennent qu’ils pourraient être enlisés dans l’amertume pour le malheur qui les a frappés ce funeste jour, mais ils ne le sont pas. Ils nous apprennent que le véritable honneur consiste à se souvenir des sacrifices et non des  décorations, des citations et des médailles. Ils nous apprennent qu’il est honorable de commémorer la survie et d’apprendre aux autres comment survivre à un tel scénario cauchemardesque. L’expérience du Kootenay nous enseigne que même après que leur carrière a été interrompue par une maladie mentale ou physique ou s’est terminée par un départ à la retraite après un long service, les vétérans sont restés au service de leur pays comme citoyens modèles. Ils continuent de jouer un rôle en tant que membres d’équipage  en rappelant annuellement aux Canadiens que nous devons investir 100 pour cent dans la conception de navires sécuritaires, en défendant l’état de préparation et l’instruction, ainsi que le maintien des services qui s’occupent de nos concitoyens lorsqu’ils sont malades et blessés. 

Mais, je dois me demander si les Canadiens considèrent ces marins de Kootenay comme des vétérans. Est-ce que notre cérémonie commémorative nationale du 11 novembre considère ces jeunes vétérans, comme on considérait nos anciens combattants de guerre et les vétérans modernes d’Afghanistan? Dans mon esprit, il est grand temps de remettre à l’honneur les vétérans de cette génération perdue, les hommes et les femmes qui ont servi au cours de la longue Guerre froide, et avant qu’il soit trop tard. Il sera trop tard lorsque ces hommes et ces femmes seront au crépuscule de leur vie et auront porté leurs souvenirs dans une douce solitude. 

Je pense que la plupart des Canadiens seraient surpris d’apprendre simplement combien de connexions familiales nous avons avec les vétérans au sens large. Demandez simplement au cours de la prochaine réunion de collègues dans votre milieu de travail combien de personnes ont des membres de leur famille qui ont servi en uniforme. Je l’ai fait au travail vendredi, et à tour de rôle, chacune des douze personnes présentes a nommé des membres de sa famille qui ont servi dans des conflits tels que la Grande Guerre, la Deuxième Guerre mondiale, la guerre de Corée, la guerre froide, à Chypre, au Moyen-Orient, au Sinaï, en Bosnie, dans l’ancienne Yougoslavie, ou durant la guerre du Golfe, jusqu’aux expériences plus récentes en Haïti, dans le Golfe et en Libye pour n’en citer que quelques-uns.

Je peux vous assurer que dans un groupe plus vaste, l’expérience des anciens membres du personnel militaire, des vétérans peu importe la définition du terme, était pleine de sacrifice, de devoir et d’efforts altruistes, et dans de nombreux cas, d’actions aussi méritoires et courageuses que celles des ambassadeurs de cette génération perdue tels les vétérans du NCSM Kootenay.

Nota : vous pouvez suivre le contre-amiral Newton sur Twitter via @greatbigseas. Vous pouvez également rejoindre la communauté des Forces maritimes de l’Atlantique sur Twitter à @MRC_FMARA ou sur Facebook à facebook.com/maritimeforcesatlantic