Toucher les pierres

Nouvelles de la Réserve navale / Le 15 juin 2016

Par David Lewis

Le monument commémoratif de la bataille de l’Atlantique, qui se trouve sur la colline herbue au NCSM Prevost à London (Ontario), rend hommage aux navires et aux membres de la Marine royale canadienne perdus lors de la plus longue bataille de la Seconde Guerre mondiale. Ce monument époustouflant et touchant a été conçu par gratitude à l’égard de ceux qui ont fait le sacrifice ultime et qui ont été privés de sépulture.

Sur la colline se trouvent 25 pierres de laurvikite sur lesquelles sont gravés le nom, l’image, le numéro de choque et la date fatidique des navires qui ont coulé durant la bataille de l’Atlantique. Il y a également une pierre soulignant le sacrifice de la marine marchande. Ce monument commémoratif est situé au centre du Canada puisque les membres d’équipage de ces navires étaient originaires de petites villes et de grandes métropoles partout au pays.

Bien qu’on se rappelle des navires tels que le Valleyfield, l’Alberni et le Louisburg, l’acier n’est pas à l’honneur. Ces pierres soulignent plutôt le service et le sacrifice des fils, des pères, des frères, des amis et des petits-fils bien‑aimés qui ont perdu la vie durant cette bataille.

Le monument commémoratif rend hommage au marin de 18 ans emmitouflé pour se protéger du froid mordant, pendant sa garde sur la passerelle découverte d’une corvette de la Marine royale canadienne. Au clair de lune, au milieu de l’Atlantique Nord glacial se trouvent les nombreuses coques du convoi qu’il protège. Il rappelle la lueur aveuglante, la propulsion dans les airs, la chute dans l’eau glacée, la lutte pour rester à la surface et le poids de plus en plus écrasant des eaux noires. Il évoque aussi les coups frappés à la porte le dimanche matin, le télégramme et les mots « nous avons l’immense regret de vous annoncer… ».

Même si la vie d’un seul jeune Canadien était perdue avec un seul navire, l’hommage de ce monument au sacrifice serait encore insuffisant. Il existe des milliers d’autres histoires qui n’épargnent aucune communauté et qui font peur à la plupart des familles.

Ainsi, le monument de la bataille de l’Atlantique est devenu un lieu de commémoration et de guérison. Il s’agit d’une destination pour ceux qui, pendant plus de 70 ans, ont été privés de sépulture.

Les pierres touchent les visiteurs et les visiteurs touchent les pierres. Deux sœurs d’une petite ville du Québec ont demandé à leur arrière-petite‑fille de les conduire au NCSM Prevost. En novembre 1944, leur frère de 19 ans a perdu la vie à bord du NCSM Shawinigan. Des larmes ont coulé sur leurs joues lorsqu’elles ont déposé leurs mains âgées pour caresser la pierre Shawinigan. Un vieil homme a littéralement gravi la colline afin de toucher à la pierre Regina; il avait été à bord du Regina. Il y avait également un homme de 93 ans, portant le veston de la légion, qui voulait voir la pierre Spikenard en compagnie de membres de sa famille se trouvant dans trois fourgonnettes. Il faisait partie de l’équipage d’un autre navire du convoi et il a vu le Spikenard (sur lequel se trouvait son meilleur ami) couler après avoir été torpillé.

En songeant à ces souvenirs et aux visiteurs, l’Association navale du Canada (London) a mis en place un projet d’aménagement ambitieux et une campagne de financement connexe. Alors que certains ont déjà eu de la difficulté à traverser le terrain herbu pour se rendre au monument à pied ou à l’aide d’une marchette ou d’un fauteuil roulant, il y aura maintenant un chemin plat. Il s’agit d’une réalisation colossale, mais cela facilitera grandement l’accès au site pour les générations à venir.

Devant le monument, regardant ces symboles du sacrifice en granite, le discours d’Abraham Lincoln nous vient à l’esprit : « nous ne pouvons destiner, nous ne pouvons consacrer, nous ne pouvons sanctifier cette terre. Les braves, vivants et morts, qui ont lutté ici, l’ont consacré si loin de notre pauvre pouvoir d’ajouter ou de retrancher. » Ces mots sonnent encore juste aujourd’hui. Nous ne sommes pas certains de la signification de « sanctifier cette terre », mais nous savons que cette colline herbue au NCSM Prevost a changé à jamais.