Un ancien officier de marine dirige la réponse de la Colombie-Britannique à la pandémie de COVID-19

Nouvelles de la Marine / Le 16 octobre 2020

Par l’enseigne de vaisseau de 1re classe M.X. Déry

La Dre Bonnie Henry est un excellent exemple de la contribution exceptionnelle des femmes canadiennes qui est célébrée au cours du Mois de l’histoire des femmes en octobre.

Ancien officier de marine, la Dre Henry est la première femme à occuper le poste d’agent de santé provincial de la Colombie-Britannique.

Issue d’une famille militaire, elle a commencé à se faire un nom en Colombie-Britannique et au Canada il y a plusieurs décennies.

« Je suis née à Fredericton, puisque mon père était affecté à la Base des Forces canadiennes (BFC) Gagetown, située à proximité. Toutefois, je considère Charlottetown comme ma ville natale », dit-elle.

Son père était major au sein du Lord Strathcona’s Horse Regiment de l’Armée canadienne. « Nous avons beaucoup déménagé. »

La Dre Henry a grandi dans plusieurs villes au Canada et à l’étranger, dont Charlottetown, Calgary, Saint John’s et les Pays-Bas.

Toutefois, c’est un emploi d’été en tant qu’officier de guerre navale, alors connu sous le nom d’officier de contrôle naval de la navigation commerciale, dans la Réserve navale qui l’a conduite en Colombie-Britannique, où elle a fini par devenir agente de santé provinciale chargée de gérer la réponse de la province à la pandémie de COVID-19.

Intéressée par la médecine, elle a fréquenté la faculté de médecine de l’Université Dalhousie, à Halifax. Pendant sa troisième année d’études, la Dre Henry s’est enrôlée dans la Marine royale canadienne et a servi comme médecin militaire après avoir obtenu son diplôme. Elle a été affectée à la BFC Esquimalt, en Colombie-Britannique, et a servi pendant 10 ans.

« En tant qu’officier de corps blindé, mon père était très déçu lorsque je me suis enrôlée dans la marine », dit-elle en riant.

Comme pour son poste actuel, elle était l’une des rares femmes dans le monde de la médecine, de la marine et de la plongée dans les années 1990. Elle a passé près de dix ans à démontrer comment une femme peut exceller dans le domaine militaire. Pendant son service, elle a été plongeuse de bord, médecin de l’air et médecin plongeuse. Chacun de ces rôles a nécessité une formation particulière qui lui a fait subir des stress physiques et mentaux.

« Chacun de ces rôles était exigeant physiquement et stimulant intellectuellement », affirme-t-elle. « J’ai vraiment aimé le côté physique et la compréhension, d’un point de vue médical, des défis professionnels que la vie militaire et des choses particulières comme la plongée ou l’aviation ont sur les gens ».

Elle a plongé avec des plongeurs-démineurs de l’unité de plongée de la flotte afin de comprendre les défis uniques de l’environnement sous-marin et les besoins médicaux de ces derniers dans le cas où la chambre de décompression serait nécessaire. Même si elle n’était pas la meilleure plongeuse, elle a poursuivi la formation et a réussi à enfiler le matériel de plongée complexe et à utiliser l’équipement de plongée lourd.

En tant que médecin militaire, elle a navigué à bord des navires canadiens de Sa Majesté (NCSM) Annapolis, Provider et Regina, et s’est occupée des besoins médicaux de l’équipage. Elle se souvient des nombreuses nuits où des marins ayant besoin d’une aide médicale frappaient à la porte de sa cabine.

« En tant que médecin militaire, je passais 90 % de mon temps à m’ennuyer et 10 % à paniquer », dit-elle avec ironie. « Mon rôle sur le navire était aussi un rôle de santé publique ».

Lors des escales, elle expliquait, comme à son habitude, l’importance des mesures de protection dans les villes étrangères, des dangers alimentaires à la sécurité sexuelle.

Elle a même été à l’avant-garde de l’interdiction de fumer sur les navires de guerre. À cette époque, les marins pouvaient fumer à l’intérieur du navire, même dans les couchettes.

« Je suis arrivée à une réunion et la plupart des hommes qui s’y trouvaient étaient des fumeurs. Nous avions fait un sondage et la moitié de l’équipage était fumeur », a-t-elle déclaré.

Bien qu’elle ait été prête à plaider pour l’interdiction, cela ne s’est pas avéré nécessaire.

« J’ai été surprise de voir qu’ils étaient tous d’accord pour dire que fumer était mauvais et que cela était interdit [à l’intérieur du navire] ».

Le caractère unique de la navigation à bord d’un navire de guerre est resté intact jusqu’à aujourd’hui.

« Je me souviens avoir navigué pour participer à l’exercice RIMPAC. À mi-chemin vers Hawaï, nous avons arrêté le navire pour nager. C’est quelque chose de nager au milieu de l’océan lorsqu’on réalise que la terre la plus proche est à un mille marin, tout droit. »

En 1995, la Dre Henry a pris sa retraite des Forces armées canadiennes, échangeant ses bottes de plongée lourdes et ses chaussures de marin contre des chaussures Fluevog. Lorsqu’elle a rejoint la population active civile, elle a emporté avec elle les nombreuses leçons retenues en matière de leadership et de prise de décision.

« J’ai appris l’importance de comprendre ce que font les gens pour faire face à une crise. En cas de crise, il est important de prendre des décisions en fonction des meilleures informations dont on dispose à ce moment-là, mais souvent ces informations sont inexactes et incomplètes. Certains ne sont pas à l’aise pour prendre une décision dans de telles circonstances ».

La Dre Henry est une spécialiste de la santé publique et de la médecine préventive et elle est autorisée à pratiquer la médecine préventive aux États-Unis. Après l’École de médecine de Dalhousie, elle a complété une maîtrise en santé publique à San Diego, en Californie, ainsi qu’une formation en résidence en médecine préventive (Université de Californie à San Diego) et en médecine communautaire (Université de Toronto).

Elle a travaillé à l’échelle internationale, notamment avec l’OMS/UNICEF, dans le cadre du programme d’éradication de la polio au Pakistan, et l’OMS pour lutter contre l’épidémie d’Ebola en Ouganda. Elle est également professeure associée à la faculté de médecine de l’Université de Colombie-Britannique.

À ses collègues de la santé actuellement en uniforme qui envisagent une carrière après le service militaire, elle offre le conseil suivant :

« Soyez assuré que la formation et l’expérience que vous avez acquises au sein des forces armées vous seront également utiles dans le monde civil. Ces connaissances et l’expérience supplémentaire acquise en matière de leadership sont facilement transférables. Mais ne vous attendez pas à ce que tous dans le monde “réel” suivent vos conseils! »

Alors que la pandémie se poursuit à travers le monde, la Dre Henry recommande ceci : « Soyez gentils. Soyez calmes. Soyez prudents ».