Un marin de la MRC nous parle de son expérience du programme d’échange au Chili

Nouvelles de la Marine / Le 27 février 2017

Par l’enseigne de vaisseau de 2e classe Jennifer Grant

Je reviens tout juste d’un déploiement de trois mois au Chili en tant qu’officier des opérations maritimes de surface et sous-marines (MAR SS) en formation dans le programme REGULUS. Durant ce déploiement, j’ai servi à bord de deux patrouilleurs chiliens : Aspirante Isaza et Marinero Fuentealba.

Le programme REGULUS favorise la collaboration entre les marines alliées et permet aux marins d’appliquer les compétences qu’ils acquièrent dans les milieux opérationnels où les missions seront accomplies. Au Chili, sous la direction spécialisée d’un commandant, on emploie pour l’instruction, en plus des stratégies traditionnelles de lecture et d’autoapprentissage, diverses autres méthodes comme les produits audiovisuels, l’apprentissage pratique et le mentorat/les réseaux sociaux.  

L’intégration et l’étroite collaboration avec l’équipage n’ont pas été difficiles. Les membres de l’équipage étaient professionnels et plaisants, attentifs au fait que je me suis préparée pour chaque quart et que j’en ai profité pour surveiller, critiquer et améliorer mon rendement. Cela les a poussés à réfléchir aux obstacles à l’acceptation de nouvelles recrues de sexe féminin au Chili et à ouvrir la porte à un dialogue fondé sur une réflexion approfondie. Lors de ces discussions, mes mentors et moi‑même avons parlé des succès de l’enseignement et de l’apprentissage, des problèmes ainsi que des pistes servant à améliorer davantage le travail lié aux opérations MAR SS, nos marines et nos pays ainsi que le climat social qui y règne.

Ces discussions m’ont révélé que les femmes chiliennes n’avaient pas encore fait d’énormes progrès dans la Marine, contrairement aux femmes canadiennes (ce n’est qu’en 2007 qu’elles ont été autorisées à servir à bord des navires). Il n’était donc pas surprenant que je fusse l’une des trois femmes seulement dans l’équipage de 30 personnes du Aspirante Isaza et l’une des deux femmes présentes à bord du Marinero Fuentealba. En fait, j’étais la seule femme officier au sein d’un équipage d’une soixantaine de personnes.

Le mentorat destiné à aider les officiers MAR SS est transformateur. Étant donné que je m’étais engagée à fond dans les opérations, lors des interactions entre pairs, je me suis régulièrement trouvée coincée entre des membres d’équipage enthousiastes, stressés, inquiets ou furieux, selon les activités prévues, et les commandants. Dans ce contexte, j’étais déterminée à ne pas laisser ces pressions avoir une incidence sur le rythme de mon quart. La résilience était nécessaire.

Face à des comportements, des gestes et une langue qui m’étaient étrangers, ainsi qu’à une perception sensorielle accrue, je suis restée à l’écoute en ayant des attentes positives par rapport aux participants pour les motiver. De plus, consciente de ma solide préparation, j’ai pu me servir de mes habiletés interpersonnelles pour réussir à la lumière ce que nous aurions pu accomplir ensemble. Cela dit, j’étais aussi consciente de mes faiblesses et je n’avais pas peur de demander de l’aide. Grâce à la collaboration de tous, nous avons fait face ensemble à l’adversité. Mes aptitudes sur les plans de la prise de décisions et la résolution des problèmes, du leadership, de la planification, de l’analyse des conflits et du mélange des cultures institutionnelles ont été renforcées, mais seulement parce que je me suis immergée dans le milieu.

J’ai appris que je pouvais lire/écouter/étudier tout ce que je pouvais sur les MAR SS, mais que pour découvrir la vraie nature du travail, je devais accomplir ce travail de façon concrète, lorsqu’il le faudrait. Rien ne peut se comparer au travail pratique et concret. Eh oui! Pendant mon séjour au Chili, mon monde a changé. Certaines choses qui, pour moi, allaient de soi, n’étaient plus applicables. Les autres ne pensaient pas tous comme moi et ne faisaient pas les choses comme moi. Même les règles et les pratiques sociales, qui étaient pour moi on ne peut plus évidentes, s’en sont trouvées chamboulées.

Cependant, tout ce qui est arrivé, les hauts et les bas, faisaient partie de l’expérience de travail en pays étranger, qui m’a ouvert les yeux et qui a fait de moi un officier mieux équilibrée, ayant une perspective globale. Les avantages de la participation au programme REGULUS l’emportent largement sur les inconvénients. Je n’oublierai jamais cette expérience ni les nouveaux amis que je me suis faits.