Lieutenant de vaisseau Jennifer Loye

Galerie d'images

Profil de marin / Le 9 mars 2020

Lorsqu’elle a entendu l’appel à la radio selon lequel de nombreux soldats de l’ONU avaient été blessés et devaient être évacués par hélicoptère, le lieutenant de vaisseau (Ltv) Jennifer Loye et son équipe étaient prêtes à intervenir.

Au cours des six mois passés à titre d’infirmière principale d’évacuation par hélicoptère dans un camp de base allemand situé à Gao, au Mali, dans le cadre de l’opération PRESENCE, elle avait procédé à des simulations avec son équipe et ses partenaires internationaux chargés de sauver des vies en utilisant des hélicoptères Chinook du Canada comme salles d’urgence volantes.

L’appel faisait mention qu’il y avait de multiples blessés par balle et explosif.

« Nous savions fort bien qu’il y aurait de nombreux blessés et l’endroit était plutôt éloigné », affirme le Ltv Loye. « Nous avons tous été surpris, tout s’est passé très vite. Je me rappelle parfaitement cet appel. »

Un groupe lié à Al-Qaïda allait ultérieurement revendiquer cette attaque perpétrée contre un groupe de soldats de maintien de la paix de l’ONU à Aguelhok, un village situé à 450 km au nord de Gao. La mission de l’ONU consiste à renforcer la paix et la stabilité dans la région après la résurgence des extrémistes depuis quelques années.

Après avoir ramassé des fournitures dont elle pensait qu’elle aurait besoin – des analgésiques et des produits sanguins – il lui a fallu plus d’une heure pour atteindre les soldats blessés en hélicoptère.

Une fois que l’équipe est arrivée sur place, l’hélicoptère a atterri pour laisser descendre le médecin et les infirmiers afin de leur permettre de déterminer l’ampleur du secteur et de préparer les soldats blessés à embarquer à bord de l’hélicoptère.

Puisque les hélicoptères sont vulnérables lorsqu’ils sont au sol, ils doivent décoller immédiatement.

« Nous avons atterri et tout le monde est sorti. Pour moi, cela a été le moment le plus mémorable de ce vol », affirme le Ltv Loye.

« Le sentiment de laisser derrière soi des gens sur le terrain – une partie de votre équipe, n’est-ce pas? Personne ne savait vraiment à ce moment-là quelle serait la situation. »

« Nous tournions en rond et je me souviens très bien que nous étions incapables de déterminer où se trouvaient ces blessés », ajoute-t-elle.

« Cela a commencé à sonner l’alarme à propos de la sécurité de mon équipe. »

Le Ltv Loye se souvient que le Chinook décrivait des cercles dans l’air et au bout de 20 minutes, il a commencé à manquer de carburant.

« Nous avions le choix de faire embarquer nos gens ou de faire embarquer tout le monde. »

Le Ltv Loye s’affairait à installer l’équipement à l’intérieur du Chinook pour que tout soit prêt. Elle pouvait entendre le médecin et les infirmiers à la radio de l’hélicoptère qui précisaient combien de gens allaient monter à bord.

Enfin, l’équipe au sol a signalé que tout le monde était prêt à faire embarquer les patients.

C’est ainsi que l’hélicoptère a à nouveau atterri au sol.

Les pales de l’hélicoptère soulevaient cette poussière rouge qui recouvre le nord du Mali, ce qui réduisait fortement la visibilité.

« L’environnement était très poussiéreux », se souvient le Ltv Loye. « Nous pouvions tout juste apercevoir des gens qui sortaient de cette poussière. »

Le médecin et les infirmiers ont commencé à faire embarquer les huit patients dans le Chinook.

« Nous avons réussi à installer les trois patients les plus grièvement blessés au sol, mais dans cet appel, il y avait quatre personnes sur des brancards. Et nos quatre blessés ambulants qui devaient s’asseoir. C’était beaucoup de gens à gérer à la fois. »

L’équipe est restée au sol pendant 10 minutes avant de décoller.

Le Ltv Loye et son équipe se sont mis à ausculter des patients pour savoir celui qui était le plus grièvement blessé, avant de reprendre l’air.

« Notre protocole consiste à décoller immédiatement. Ainsi, nous avons tout fait en vol. »

Le Ltv Loye a fini par s’occuper du soldat le plus grièvement blessé.

« Le patient souffrait de multiples blessures par balle. Je pouvais voir qu’il était toujours conscient. » Elle l’a alors branché à l’équipement de surveillance.

« D’après ses signes vitaux, je savais qu’il avait besoin de produits sanguins. Il allait également devoir subir une échographie et une fixation du bassin. »

Quand elle a constaté que l’intraveineuse qui avait été posée sur le terrain ne fonctionnait pas, elle a compris qu’il lui faudrait perforer l’os du patient en utilisant une perfusion intraosseuse pour lui administrer des produits sanguins.

Aéroportée dans un Chinook, portant un gilet pare-balles et 60 livres d’équipement et coincée entre un siège et le brancard, elle a pu percer un trou dans l’os du haut du bras du patient, alors qu’un officier chargé de la protection de la force s’est occupé de garder ses fournitures.

« J’y suis parvenue », affirme le Ltv Loye. « Je me souviens d’avoir effectué une mini danse coincée contre les sièges du Chinook. En effet, cela allait lui sauver la vie. »

« [Après avoir introduit la perfusion intraosseuse], j’ai indéniablement ressenti un grand soulagement. L’adrénaline poursuivait sa tâche car vous ne savez jamais si le produit sanguin fera ce qu’il est censé faire. Et il l’a bien fait. Le patient a été stable pendant tout le vol. »

Grâce à l’aide de l’officier de protection de la force, ils ont nettoyé le patient, lui ont posé la ceinture du bassin et l’ont réchauffé avec des couvertures.

Maintenant que le patient était stabilisé, le Ltv Loye a continué de le surveiller et de lui administrer le produit sanguin et des analgésiques tout au long du vol qui devait les ramener à leur base à Gao.

« Nous espérions tellement que cela allait suffire pour pouvoir le conduire jusqu’à l’hôpital, et c’est effectivement ce qui s’est passé. »

Une fois tous les patients stabilisés, au cours du vol de retour vers leur camp de base à Gao, ils ont commencé à décider de là où tous les patients allaient aller.

Heureusement, cette partie de la mission avait fait l’objet d’exercices à maintes reprises au cours des mois passés au Mali.

« Nous avions réussi à créer des possibilités de formation extrêmement élaborées grâce auxquelles nous pouvions collaborer avec nos partenaires internationaux », ajoute le Ltv Loye. « Nous pouvions décoller et aller chercher des victimes factices et c’est moi qui coordonnais le tout avec les autres établissements hospitaliers militaires pour déposer chez eux les victimes factices et élaborer avec eux le processus de transfert. »

« Nous avons réussi à tout mettre en pratique, depuis nos communications jusqu’à notre échéancier jusqu’à la façon dont nous nous déplacions dans le Chinook avant d’avoir vraiment une vraie victime. »

C’est ainsi que lorsque le Chinook a atterri ce jour-là et que la porte de l’hélicoptère s’est ouverte devant elle, elle a vu une file de tous les différents pays avec leurs ambulances prêtes à transporter des patients jusqu’à leurs hôpitaux respectifs.

« Tout cela était incroyable. »

« Nous les avons tous transférés, et je me suis ensuite appuyée contre le siège et j’ai enfin pu respirer. »

Ce n’est pas la seule mission que le Canada a effectuée ce jour-là. Sur le nombre de victimes, 15 ont été évacuées et 10 ont été tuées. Vingt-cinq autres soldats de maintien de la paix ont été blessés.

« C’était un grand jour pour le Canada », affirme le Ltv Loye. « C’était l’apogée de tout le travail et tout l’entraînement que nous avions suivis. Pas seulement l’entraînement médical, mais l’organisation et les relations que nous avions nouées avec les différents pays. »

En récompense des efforts qu’elle a déployés tout au long de la mission, le Ltv Loye a reçu la Mention élogieuse du chef d’état-major de la défense. Le chirurgien de l’équipe de travail, le major Patrick Gilbride, recevra pour sa part la Médaille du service méritoire.

« J’ai été à la fois surprise et honorée par cette mention élogieuse. C’était très gentil à eux de me la décerner. »

Réfléchissant aux conséquences du temps qu’elle a passé au Mali, le Ltv Loye affirme qu’elle a indéniablement changé en tant que personne.

« Il y avait un tas de défis pour une équipe restreinte dans un lieu radicalement différent. En tant que chef, j’ai appris ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Le travail a été dur, mais j’ai appris que parfois, un trop-plein de travail n’est pas forcément une bonne chose. J’ai beaucoup appris sur l’équilibre. »

La capacité d’évacuation par hélicoptère que le Ltv Loye et les membres de son équipe ont acquis a contribué à ce que les partenaires internationaux du Canada se sentent plus confiants à envoyer leurs propres gens à l’extérieur du périmètre et à faire une véritable différence au Mali.

« Étant donné que nous étions là pour les évacuer », affirme le Ltv Loye, « ils savaient que nous allions nous occuper d’eux. Nous étions la ligne de sécurité. Nous étions considérés comme des professionnels très compétents. »

Le temps que le Ltv Loye a passé au Mali lui a donné envie de retourner en Afrique à un moment ultérieur pour rendre ce qui lui a été donné à titre de civil.