Une réfugiée vietnamienne devenue officier naval donne à son tour

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Nouvelles de la Marine / Le 5 mars 2018

Par Darlene Blakeley

Entre la réfugiée vietnamienne et l’officier naval du Canada, il y a un long et remarquable parcours.

Le capitaine de corvette Kim Poirrier, officier de logistique à la Direction – Stratégie navale à Ottawa, affirme que les Forces armées canadiennes (FAC) ont fait d’elle la femme forte, autonome et confiante qu’elle est aujourd’hui.

« Mon parcours dans les FAC comme officier naval m’a ouvert des portes, m’a donné l’occasion de voyager et de travailler à un niveau professionnel au-delà de tous mes rêves, affirme-t-elle. Je suis profondément fière de porter mon uniforme, non seulement en raison de mes propres réussites, mais aussi pour ce que cet uniforme représente. »

La vie n’a pas toujours été facile pour le Capc Poirrier. Elle avait huit ans lorsque le régime communiste de l’époque a commencé à persécuter la classe entrepreneuriale de race chinoise installée dans ce qui était à l’époque le Vietnam du Sud. Ses parents étaient propriétaires exploitants d’une entreprise prospère dans le domaine du plastique et les onze membres de la famille, assez aisée, habitaient une superbe maison à trois étages, en compagnie d’une gouvernante et de serviteurs. En 1979, leur monde a basculé et ils ont tout perdu.

Sa famille s’est vu retirer tous ses biens et a été forcée de s’installer dans un camp de détention avec d’autres familles chinoises bien nanties, toutes forcées de travailler et de cultiver la terre.

« C’était une sentence à vie de misère et de famine, explique le Capc Poirrier. Mon père a dû prendre la décision la plus difficile de sa vie, soit risquer la vie de sa femme et de ses neuf enfants et s’évader du Vietnam pour tenter d’avoir une vie meilleure, ou rester et risquer la famine ou des traitements pires encore aux mains du gouvernement communiste. »

Finalement, ses parents et d’autres familles fortunées ont mis leurs ressources en commun et ont versé beaucoup de pièces d’or pour obtenir un bateau de pêche qui leur permettrait de s’échapper du Vietnam. La famille a frôlé la mort pendant l’évasion et a dû surmonter entre autres la famine, les pirates et une horrible tempête. Après une série de pénibles obstacles, ils sont arrivés en Malaisie, où ils ont rejoint d’autres réfugiés qui attendaient des possibilités d’immigration parrainée proposées par des représentants de pays occidentaux. Après quelques mois, ils ont été acceptés au Canada grâce au parrainage de l’église de la paroisse catholique Assumption, de St. Walburg, en Saskatchewan, un village comptant environ 500 habitants.

« Ils nous ont accueillis à bras ouverts, raconte le Capc Poirrier. Grâce à la générosité et à la compassion canadiennes, notre famille s’est retrouvée avec une deuxième chance et a pu vivre en sécurité et prospérer. »

Le Capc Poirrier voulait faire quelque chose pour remercier son pays d’adoption, qui lui avait donné l’occasion de découvrir une nouvelle vie.

« En tant que Canadiens, nous avons la chance de vivre dans une société qui croit aux droits de la personne et qui utilise un processus démocratique pour élire un gouvernement nous permettant de jouir de la liberté de parole, d’association, de religion et de chances égales. Si nous sommes sincèrement reconnaissants du privilège qui nous est accordé, il est normal de vouloir donner à son tour. »

La famille du Capc Poirrier a prospéré au Canada et cette dernière est allée à l’université. C’est d’ailleurs là qu’elle a décidé de s’enrôler dans la Réserve navale, en 1991, pour ensuite entrer dans la Force régulière de la Marine. Au fil des ans, elle a participé à des missions d’aide humanitaire, elle a effectué une période de service en Afghanistan, elle a été analyste principale des coûts pour des projets d’immobilisation de plusieurs millions de dollars, en plus de fournir un soutien logistique aux missions outremer, ce qui lui a permis de contribuer à sa façon à la paix et à la sécurité internationales.

« Les forces militaires offrent une bonne carrière, elles sont un excellent employeur et elles représentent un mode de vie hors du commun, affirme-t-elle. Elles se composent de Canadiens ordinaires qui ont découvert qu’ils peuvent obtenir des résultats extraordinaires avec un peu d’instruction, un appui utile et une détermination marquée par la confiance. »

Entourée de son mari Dave Poirrier (lui aussi officier dans les FAC) et de ses deux filles, Kassandra et Jamie, le Capc Poirrier mène une vie très occupée en trouvant le temps d’aider sa collectivité en plus d’aider l’ensemble du pays.

« Ma devise consiste à profiter pleinement de la vie, à avoir de la compassion pour aider ceux qui en ont besoin et à contribuer à ma collectivité autant que possible, résume‑t‑elle. J’ai essayé d’être active de diverses façons, peu importe où j’ai vécu. »

Comme bénévole, le Capc Poirrier a travaillé avec l’Armée du Salut, avec la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC, ainsi qu’auprès de banques alimentaires et de refuges pour femmes. Elle est souvent conférencière, notamment à des fêtes du patrimoine asiatique, des cérémonies de citoyenneté et des activités de recrutement.

Elle s’investit tout particulièrement dans la promotion des questions touchant les minorités, des enjeux culturels ainsi que pour faire avancer la cause des femmes.

« Je me passionne pour les questions de condition féminine et pour la promotion de l’égalité entre les sexes. Je veux être un modèle pour mes enfants et pour les jeunes femmes qui me voient comme mentor », affirme-t-elle.

Sa mission en Afghanistan l’a aidée à mieux comprendre la situation difficile de femmes dans certaines cultures.

« Mon service là-bas m’a ouvert les yeux à la condition des femmes dans cette région du monde et m’a inspirée à m’investir dans la lutte pour l’égalité des sexes et l’avancement de la cause des femmes. »

Elle espère avoir l’occasion un jour de représenter les FAC en participant à une initiative de l’Organisation des Nations Unies visant à accroître les contributions des femmes à la paix et à la sécurité.

Le Capc Poirrier a aussi à cœur l’activité physique et elle a obtenu sa ceinture noire en taekwondo. En plus d’être bénévole dans un organisme qui enseigne ce sport aux enfants, elle participe à l’organisation de cours d’arts martiaux et d’autodéfense lors de la Campagne de charité en milieu de travail de la Défense nationale. Du côté de ses objectifs personnels, elle veut obtenir sa ceinture noire deuxième dan, afin d’enseigner l’autodéfense aux femmes démunies.

Le Capc Poirrier est fière d’être membre des FAC et elle recommande chaudement les forces militaires comme choix de carrière aux femmes à la recherche de défis et d’aventure. Le milieu militaire l’a aidée à évoluer comme personne en lui faisant vivre un large éventail d’expériences, en plus de lui offrir l’occasion de poursuivre ses études.

« Comme l’anglais était ma deuxième langue, c’était difficile pour moi d’obtenir mon baccalauréat, explique-t-elle. Je n’ai jamais eu l’intention d’aller plus loin. Mais je ne pouvais pas refuser une pareille occasion de faire des études de deuxième cycle payées par les FAC. C’était difficile de travailler à plein temps et d’étudier pendant mes temps libres, mais j’ai réussi. J’ai été saisie d’un sentiment d’accomplissement formidable en traversant l’estrade pour recevoir mon certificat. De surcroît, ma famille était là pour célébrer cette étape importante avec moi : la première personne de notre famille à obtenir une maîtrise. »

Les difficultés de son enfance ont donné au Capc Poirrier un point de vue particulier sur la façon dont notre passé façonne la personne que nous devenons.

« La vie ne se déroule pas toujours comme nous l’avions imaginée, cependant, les leçons que nous en tirons et comment nous utilisons ces leçons font de nous qui nous sommes, ajoute-t-elle. Mes expériences dans le milieu militaire m’ont certainement motivée. Au fil des ans, j’ai vaincu des obstacles personnels que je n’aurais jamais imaginé surmonter et j’ai accompli beaucoup plus que ce que je croyais possible. Que vous vous enrôliez ou non dans les FAC, en tant que fière Canadienne et en tant que femme, je vous encourage à saisir toutes les occasions qui s’offrent à nous tous au Canada et à foncer pour accomplir vos rêves. »