Est-ce que la Marine navigue sur son estomac?

Style de vie - La vie en mer / Le 25 avril 2016

Par Darlene Blakeley

La plupart d’entre nous connaissons l’expression de Napoléon « une armée marche à son estomac », mais que dire de la Marine?

Après un tour de garde à -20 ºC dans l’Atlantique Nord, quelques aliments chauds peuvent facilement remonter le moral!

Le matelot de 3e classe David Lescombe connaît bien cette réalité. Quand il était cuisinier à bord du navire canadien de Sa Majesté (NCSM) St. John’s, son objectif premier était de servir des repas nutritifs à ses camarades de bord.

« Pendant un déploiement, tous les membres d’équipage saisissent l’importance des cuisiniers, qui ne seront jamais mal traités, a-t-il déclaré avec un brin d’humour. Les cuisiniers tirent la satisfaction de leur travail du fait qu’ils font partie du grand ensemble. Ils ne cuisinent pas pour un chèque de paie, mais plutôt pour nourrir leurs camarades qui, après avoir passé la journée entière dehors au froid, meurent de faim ou ont besoin d’un bol de soupe chaude. »

Donc, le grand esprit d’équipe au sein de la Marine royale du Canada (MRC) a grandement influencé le Mat 3 Lescombe dans sa décision de s’enrôler comme cuisinier en 2013. Il possédait déjà une certaine expérience dans le domaine puisqu’il avait suivi pendant un an un programme d’apprenti cuisinier au Fleming College à Peterborough, en Ontario. Il a également étudié en administration des affaires et en marketing au Durham College à Oshawa, en Ontario, et a travaillé pendant un certain temps dans l’industrie de l’alimentation avant de décider qu’une carrière dans la Marine constituait un bon choix.

« J’appartiens à la quatrième génération de militaires de ma famille, a-t-il expliqué. Aussi, après avoir discuté avec quelques amis d’enfance devenus militaires, la décision a été facile à prendre. »

Le Mat 3 Lescombe explique que jusqu’à maintenant, sa carrière dans la MRC a été « brève, mais sensationnelle ». Il a d’abord travaillé dans les cuisines de la Base des Forces canadiennes (BFC) Borden, en Ontario, puis il a été affecté à Halifax en février 2015. En septembre, il s’est joint à l’équipage du NCSM St. John’s et passé la plupart du temps en mer jusqu’en décembre.

Pour le Mat 3 Lescombe, cuisiner en mer constituait une toute nouvelle expérience, mais ça lui a réussi. « À bord, les cuisiniers sont le moral de l’équipe. Être apprécié est un sentiment merveilleux jour après jour, tout comme être digne de confiance, mais la nourriture joue un rôle central. »

Il indique qu’il regarde avec zèle le réseau Food Network depuis qu’il a sept ans et qu’il voit tous les jours la manière dont la nourriture permet de rassembler les gens, et ce, peu importe leur langue maternelle. « C’est remarquable de créer, à l’aide de quatre ou cinq ingrédients, un plat dont on ne cesse de parler. »

On lui dit que son bœuf Wellington est un de ses meilleurs plats. « J’ai eu la chance de cuisiner ce plat à deux reprises à bord du St. John’s, a-t-il précisé. J’ai été choisi pour préparer un souper au mess pour souligner l’anniversaire de la Bataille de Trafalgar. Plus tard, nous avons accueilli à bord un groupe de dignitaires pendant une semaine dans le but de leur montrer la vie en mer et j’ai encore une fois été choisi pour préparer le souper. Les deux fois, j’ai servi le bœuf avec une sauce demi-glace au vin rouge et des pommes de terre duchesse. »

Habituellement, travailler dans la cuisine d’un navire de guerre présente des difficultés uniques. Huit personnes travaillent généralement par quarts dans la cuisine. Le Mat 3 Lescombe explique que le personnel de jour s’occupe des salades et des repas servis le jour, alors que le personnel de nuit se compose d’un boulanger et d’une personne responsable de la préparation.

Le St. John’s compte plus de 200 membres d’équipage et il peut être « intéressant » de les nourrir, selon le Mat 3 Lescombe. « La difficulté est de respecter l’horaire et de nourrir un si grand nombre de personnes. À bord d’un navire, tout est réglé comme une horloge et il est essentiel de servir les repas conformément à l’horaire quotidien du navire. Notre travail de préparation est plus long et il nous faut plus de temps pour préparer un repas pour 200 personnes, mais la qualité reste la même que si nous cuisinions pour une seule personne. »

La sélection des repas est limitée dans une certaine mesure. En général, le personnel de la cuisine suit un menu de trois semaines afin de répondre aux besoins nutritionnels des membres d’équipage. En plus du plat principal, une variété de salades, deux choix de légumes et un fruit sont offerts à chaque repas.

« En mer, il est très important de garantir une bonne nutrition, a souligné le Mat 3 Lescombe. Les militaires travaillent d’arrache-pied le jour et dépensent plus d’énergie. La bonne santé de l’équipage est fondamentale, car si quelqu’un tombe malade, la maladie se propage comme un feu de forêt et tout le monde est affecté. »

On approvisionne le navire en aliments frais dans la mesure du possible. On fait des provisions au besoin au port d’attache ou en déploiement. « Nous avons besoin de plus de nourriture que nous pouvons nous l’imaginer, a-t-il précisé. Plusieurs membres d’équipage en redemandent souvent. Le travail constant en mer creuse l’appétit! »

Un autre aspect important du travail de cuisinier est de veiller à ce qu’il soit possible de répondre aux demandes spéciales. « Nous offrons un plat végétarien à chaque repas. Les allergies alimentaires sont si courantes que les cuisiniers sont habitués de recevoir des demandes spéciales. Quand j’ai cuisiné mon deuxième souper, on m’a demandé de préparer un repas végétalien. On a servi le bœuf Wellington, mais on a aussi répondu à la demande et créé un plat de tofu Wellington. »

Comme si son travail de cuisinier ne le gardait pas suffisamment occupé, il assume des tâches secondaires comme la plupart de membres d’équipage. Dans son cas, il est responsable de l’évacuation des blessés en situation d’urgence. Il fait partie de l’équipe de secourisme et travaille aux côtés des médecins du navire.

Même si des journées de 16 heures de travail peuvent être difficiles physiquement et stressantes, le Mat 3 Lescombe est heureux de son travail et le recommande à tous ceux qui songent à devenir cuisinier dans la Marine.

« Les journées de travail sont peut-être longues, particulièrement en mer, mais il n’y a rien de mieux que le sentiment de faire partie de l’équipe. »

Le Mat 3 Lescombe travaille maintenant à terre, à la BFC Halifax, et cuisine pour les militaires qui habitent sur la base ou choisissent de prendre leurs repas au mess. Il est membre de la Force auxiliaire de sécurité de la base comme fonction secondaire. Ce n’est pas tout à fait la même chose que de cuisiner en mer, mais ça lui permet d’être plus souvent à la maison auprès de son épouse et nouveau-né Noah.