La communication des marins avec leurs proches durant un déploiement en mer

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Style de vie - La vie en mer / Le 19 avril 2016

Par le lieutenant de vaisseau Blake Patterson

Rien n’illustre mieux la séparation que l’image de marins canadiens à bord d’un navire de guerre qui quitte le port alors que les membres de leur famille les saluent pour leur dire au revoir. 

Cependant, cette image symbolique de la vie en mer est devenue désuète.

De nos jours, grâce à la disponibilité accrue des téléphones satellites, des téléphones cellulaires, des médias sociaux et des courriels, les marins canadiens peuvent communiquer régulièrement et même quotidiennement avec leur famille située à des milliers de kilomètres.

« La force et la résilience des marins dépendent en grande partie du soutien qu’ils reçoivent de leur famille », a indiqué le Capc Paul Smith, commandant du navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Summerside.

Le NCSM Summerside a récemment participé à un déploiement de plus de deux mois dans le cadre de l’opération Caribbe, la contribution du Canada aux efforts multinationaux de lutte contre le trafic de drogues illicites dans la mer des Antilles et sur les côtes du Pacifique de l’Amérique centrale.

Durant le déploiement, le NCSM Summerside a parcouru plus de 10 000 milles marins et est demeuré environ 60 jours en mer. Cependant, les marins ne se sont jamais sentis éloignés des leurs.

« Communiquer avec leurs proches aide les marins à accepter les exigences de la vie en mer, a ajouté le Capc Smith. La communication avec la famille est devenue un pilier du moral des marins. »

Ce pilier revêt une importance indiscutable, mais représente également des défis incontestables dans un environnement militaire.

Un navire de guerre canadien (tout comme de nombreuses installations militaires canadiennes) est divisé en zones de sécurité des émissions pour limiter l’accès aux systèmes électroniques de transmission des données sensibles. Pour cette raison, les membres de l’équipage doivent éteindre leur appareil sans fil lorsqu’ils sont en mer et utiliser plutôt d’autres moyens de communication; dont des téléphones satellites (souvent appelés « téléphones pour le moral ») et des ordinateurs dotés d’un accès Internet public.

Le Matc William Kerr, maître de manœuvre du NCSM Summerside, connaît bien les restrictions de ces systèmes, mais sait également qu’il vaut la peine d’utiliser les outils de communication disponibles. Il appelle chez lui tous les deux ou trois jours et envoie un courriel presque tous les jours.

« C’est bien de prendre un moment pour se détacher, a mentionné le Matc Kerr. Un appel à la maison vous permet de vous détacher des préoccupations professionnelles. Pour ma part, je me sens revigoré. »

De nos jours, les militaires s’attendent couramment, particulièrement les jeunes membres de la flotte, à pouvoir envoyer des textos, clavarder et envoyer des courriels en tous lieux et en tout temps. Ils trouvent les conditions parfois difficiles, mais comme les marins qui les ont précédés, ils s’adaptent et surmontent (ou du moins acceptent) les difficultés avec lesquelles ils doivent composer.

Pour sa part, le Mat 1 Laurent Morin, manœuvrier à bord du NCSM Summerside, utilise le téléphone satellite pour communiquer, en dépit de l’intervalle irritant entre la transmission et la réception. Chaque conversation est difficile lorsque l’on essaie de ne pas parler trop tôt afin que ses paroles ne soient pas coupées par les paroles transmises par l’autre partie.

Le Mat 1 Morin, réserviste naval, a bien su s’adapter. Il appelle régulièrement sa mère, son père et sa sœur et communique avec sa copine deux fois par semaine pour « lui dire qu’il pense à elle et des petits mots rassurants ». Il envoie également des courriels et utilise Facebook à l’occasion pour demeurer au courant des aspects de sa vie civile à Calgary, où il enseigne les études sociales et les mathématiques en huitième et neuvième année.

Il considère qu’il lui appartient de faire tous les efforts possibles pour communiquer avec les siens – particulièrement avec sa copine. « C’est ma responsabilité de communiquer avec elle, car elle ne peut pas vraiment m’appeler, a-t-il indiqué. Si je veux cultiver cette relation pour l’avenir, c’est ce que je dois faire. »

Le Matc Sebastian Ferns est d’accord. Il utilise également le téléphone satellite, mais préfère avoir recours aux courriels pour communiquer avec sa famille à Halifax.

« Cela me permet de sentir que je continue de faire partie de leur vie et qu’ils font toujours partie de la mienne, a-t-il mentionné. Je veux connaître les moindres détails de leur vie quotidienne, ce qu’ils regardent à la télévision, ce qu’ils ont mangé au petit-déjeuner. Ce sont les gestes de tous les jours qui vous font sentir que vous entretenez la relation même à distance. »

Un moyen de communication relativement récent pour les marins canadiens est le point d’accès sans fil Wi-Fi disponible à bord du navire lorsque ce dernier est à quai dans un port étranger. Ces points d’accès sont comme les modems Wi-Fi installés dans la maison. Les responsables des navires achètent ou louent ces modems et prennent les dispositions nécessaires avec un fournisseur local de service Internet pour qu’il les connecte dès l’arrivée du navire au port.

Une fois la connexion établie, les marins profitent d’une connexion sans fil dans un emplacement désigné du navire. Dans le cas des navires de la classe Kingston, comme le NCSM Summerside, le pont de dragage situé à la poupe du navire se transforme généralement en café Wi-Fi virtuel.

Dès que les amarres sont fixées, que l’approvisionnement est fait, que les déchets sont débarqués et que le travail à quai est terminé, le pont de dragage se remplit de marins qui parlent au cellulaire ou qui sourient à leur iPad et à leur tablette alors qu’ils communiquent avec leur conjoint/conjointe, leurs enfants et leurs proches à l’aide de FaceTime et de Skype.

« C’est vraiment fantastique », a affirmé le Matc Ferns.

Il n’y a pas si longtemps, les marins et leur famille devaient attendre des semaines, voire des mois pour envoyer et recevoir du courrier aux ports étrangers, et recevaient des lettres et des colis de réconfort postés des semaines et des mois auparavant. De même, le seul privilège téléphonique disponible consistait à faire la file devant les cabines téléphoniques publiques dans les ports étrangers, ce qui leur permettait de faire un appel à la maison à frais virés pendant environ cinq minutes avant que la prochaine personne en file ne leur tape sur l’épaule.

Aujourd’hui, il est plus facile pour les marins de se tenir au courant des activités à la maison pendant qu’ils sont en mer, notamment sur la Méditerranée et dans les Caraïbes. Compte tenu des restrictions et des exigences inhérentes aux opérations militaires, la Marine royale canadienne continue d’améliorer la technologie alors que la gamme des options de connectivité s’élargit à l’échelle mondiale. Il n’y a rien de mieux pour le moral que la voix d’un être cher.   

« La distance et la durée d’éloignement feront toujours partie du quotidien de la vie en mer, a indiqué le Capc Smith. Cependant, l’isolement prolongé des membres de la famille et des amis ne fait plus nécessairement partie de l’équation. »