Un marin citoyen part en haute mer à bord du NCSM Ottawa

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Style de vie - La vie en mer / Le 2 mai 2016

Par le matelot de 1re classe Darcy Boucher

Venant d’une longue lignée de militaires de l’Armée de terre et de la Force aérienne, j’ai fait le choix osé et rebelle de m’enrôler dans la Marine royale canadienne. J’ai choisi le métier de commis de soutien à la gestion des ressources, en espérant profiter des possibilités d’assouplissement du régime de travail et des compétences transférables, en abandonnant mon amour pour le voyage et l’océan, conscient qu’il n’y a pas beaucoup de possibilités pour quelqu’un de mon métier de voyager en mer à bord des navires de défense côtière de la Force de réserve…ou du moins c’est ce que je pensais.

Après huit années dans les Forces armées canadiennes, grâce aux efforts de collaboration entre le Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Ottawa et notre unité de réserve sans accès à la mer, le NCSM Carleton, ce marin citoyen (ainsi que cinq autres) ont eu l’occasion de faire l’expérience de la vie en mer pour la première fois. Je n’ai jamais été si excité, enthousiaste et terrifié.

Que dois-je emporter dans mes bagages? Qu’est-ce que je vais faire? Comment vais-je vivre sans service de téléphonie cellulaire pendant toute une semaine (une préoccupation bien réelle pour ceux d’entre nous ayant des obligations liées à leur emploi civil à temps plein.)? Vais-je attraper le mal de mer? Ces questions, et un million d’autres, me traversaient l’esprit depuis le moment où j’ai entamé le long trajet de la capitale nationale à la côte Ouest, jusqu’au moment où j’ai mis les pieds à bord du NCSM Ottawa pour la première fois à Vancouver le lundi matin à environ une heure 1 h (4 h du matin à Ottawa). Prendre des vacances, passer des fins de semaine en décalage horaire en voyageant d’un bout à l’autre du pays pour effectuer une semaine de formation et vivre plus ou moins une double vie, font tous partie de la réalité du réserviste.

Qu’ai-je appris de ma première semaine en mer? Pour commencer, comment survivre sans service de téléphonie cellulaire. Nos marins se passent de ce service et d’autres produits de luxe auxquels nous nous sommes habitués. J’ai également appris combien nos marins sont préparés pour, disons, tout. Non seulement le grand nombre d’entraînements et d’exercices qu’ils effectuent au quotidien, notamment les exercices d’homme à la mer et les exercices d’évacuation des blessés, tout aussi impressionnants que leur aisance et leur expertise. Dans la plupart des cas, ils ont quelques minutes pour exécuter des procédures complexes et chacun connaît son rôle et le rend bien.

En visitant le navire, on est surpris de découvrir qu’il existe une division des membres de la Force régulière et de la Force de réserve. Le stéréotype selon lequel nous sommes plus ou moins des « guerriers de fin de semaine » a été perdu en mer, et j’ai été très touché par la gentillesse de l’équipage. Chaque fois que nous nous arrêtons pour poser une question aux membres d’équipage ou pour leur demander notre chemin (oui, nous nous sommes égarés; c’est un grand navire, vous savez), ils arrêtaient ce qu’ils faisaient pour nous expliquer, nous donnaient un coup de main ou nous orientaient dans la bonne direction, voire nous accompagnaient eux-mêmes. Ils faisaient tous preuve d’une patience et d’une tolérance incroyables face à nos questions naïves et notre inexpérience enthousiaste « nous sommes à bord d’un bateau (navire)! ».  

Un fait saillant qui nous a tous particulièrement touchés en tant que novices s’est produit lorsque nous sommes arrivés en fin de semaine à Esquimalt (C.-B.). Comme nous l’avons vite appris, la toute première chose à faire lorsqu’on arrive à quai est de se débarrasser des ordures, et lorsque vous avez quelques 200 personnes à bord, cela fait beaucoup d’ordures. Non seulement le commandant était présent avec tout l’équipage pour ramasser les ordures, mais il est passé devant tout le monde afin d’être le premier à ramasser les ordures! Je ne pouvais m’imaginer un meilleur exemple d’illustration de la devise du navire « Eager Beaver » (Vaillant travailleur) ou du dévouement et de l’entrain à bord de ce navire.

Bien que nous appelions toutes nos salles de rapports « bureau du navire », c’était exceptionnel de voir finalement d’où provenait cette appellation. L’exécution de nos tâches administratives régulières présentait de nouveaux défis à bord du navire. À ces défis, s’ajoutaient la lenteur des réseaux et des connexions lentes, sans oublier qu’il fallait fixer avec du velcro, verrouiller ou attacher tous les objets en raison de l’état de la mer. Bref, tout cela nous a donnés une nouvelle appréciation du confort de notre frégate de pierre sans accès à la mer, à Ottawa.

Après avoir utilisé une mitrailleuse de type .50, appris à gouverner le navire, participé aux activités des postes de propreté, je peux affirmer sans risque de me tromper que, tous les six, nous avons eu le pied marin cette semaine et, pour la première fois de notre carrière de réservistes, nous nous sommes sentis comme des marins. Le concept d’avoir « une marine unique » n’est pas juste un rêve d’avenir, mais c’est actuellement une réalité au sein de nos frégates de la classe Halifax.

Bravo Zulu aux membres d’équipage et à l’équipe de commandement du NCSM Ottawa. Vous nous avez chaleureusement accueillis pendant une semaine et je pense que je peux m’exprimer au nom de tous mes collègues, en disant que nous sommes tous des « vaillants travailleurs » pour prendre la mer à nouveau.