Une manœuvre qui ne ressemble à aucune autre : le transfert des ESSM au temps de la COVID-19

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Nouvelles de la Marine / Le 25 novembre 2020

Par le capitaine Chelsea Dubeau

Le matin du 31 août 2020, il faisait chaud sous le soleil hawaïen. L’officier du génie des systèmes de combat à bord du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Winnipeg se tenait sur le pont d’envol, prêt à donner un briefing sur la sécurité. Un autre exercice Rim of the Pacific (RIMPAC) réussi venait tout juste de se terminer, et le service du génie des systèmes de combat du Winnipeg avait joué un rôle important dans les nombreux exercices d’artillerie, y compris les tirs de missiles et de torpilles, qui avaient eu lieu.

Pour le lieutenant de vaisseau (Ltv) Julien St-Aubin, la manœuvre du génie des systèmes de combat avait nécessité des mois de planification et ne ressemblait à rien de ce qu’il avait fait auparavant. En fait, le jour en question, les membres de son équipe ont fait quelque chose qui n’avait pas été fait depuis de nombreuses années : ils ont dirigé le transfert de deux conteneurs vides de missiles SeaSparrow évolués (ESSM) et d’un ESSM télémétrique de rechange du NCSM Winnipeg, de même que l’embarquement de trois ESSM Warshot du NCSM Regina. Le transfert de munitions faisait partie des préparatifs du NCSM Winnipeg en vue de son déploiement dans le cadre des opérations PROJECTION et NEON.

Les protocoles de sécurité des munitions, y compris la réglementation de l’approvisionnement, du stockage, du transport, de l’inspection, de l’entretien, de la modification autorisée, de la livraison, de l’utilisation et de l’élimination de toutes les munitions et de tous les explosifs au ministère de la Défense nationale (MDN) et dans les Forces armées canadiennes (FAC), sont gérés par le Directeur – Réglementation des explosifs et munitions (DREM). Autrement dit, dans des circonstances normales, l’équipe du génie des systèmes de combat du Winnipeg aurait joué un rôle de soutien auprès des experts en la matière désignés par le DREM, qui auraient été sur place à Pearl Harbor pour diriger le transfert. L’équipe du DREM aurait été composée principalement de personnel du Dépôt de munitions des Forces canadiennes (DMFC) Rocky Point, situé à environ 25 km au sud-ouest de Victoria (C.-B.).

« Les membres du personnel des navires de la Marine royale canadienne (MRC) n’ont pas été responsables de ce type de manœuvre depuis des décennies », a déclaré le Ltv St-Aubin.

Et les circonstances étaient tout sauf normales. Nous sommes en 2020, l’année des mesures d’atténuation liées à la COVID-19 et de toutes les conséquences qui en découlent. En raison des restrictions liées à la COVID-19, il était impossible de faire venir du personnel du DMFC à Hawaï pour superviser le réarmement du missile, comme on l’aurait fait habituellement.

« Les membres du personnel du DMFC ont fourni beaucoup de formation supplémentaire et de mentorat à mes techniciens de conduite de tir et à moi-même », a indiqué le Ltv St-Aubin. « Ils nous ont expliqué les choses essentielles à savoir, de la compréhension de la composition des conteneurs d’ESSM jusqu’aux observations clés pour l’installation à bord des NCSM, pour l’opérabilité du système. »

Le personnel du DMFC a guidé les membres de l’équipe du génie des systèmes de combat du Winnipeg tout au long de plusieurs embarquements de missiles jusqu’à ce qu’ils soient prêts à configurer les conteneurs d’ESSM, à les monter à bord avec la grue et à les mettre en place eux‑mêmes.

« Le personnel du DMFC voulait s’assurer non seulement que nous installions les conteneurs correctement en suivant leurs procédures méticuleuses, mais aussi que nous le faisions en ayant la sécurité à l’esprit. Il y a beaucoup de pièces mobiles et de membres du personnel qui participent à la manipulation des conteneurs eux-mêmes », a expliqué le Ltv St-Aubin.

Le briefing sur la sécurité a été donné, et l’équipe du Ltv St-Aubin s’est mise au travail pendant que les trois conteneurs étaient déchargés du Winnipeg. Il faisait chaud; le travail était méticuleux et exigeait une grande concentration. Une fois les conteneurs du Winnipeg déchargés et sécurisés pour le transport, l’équipe s’est rendue sur la jetée du Regina, située à une courte distance dans une embarcation gonflable à coque rigide. Il était temps d’obtenir les ESSM Warshot.

Le premier maître de deuxième classe (PM 2) Nels Jensen, membre de l’Entraînement maritime (Pacifique), qui était à bord du Winnipeg depuis le départ du navire le 1er août, a aidé à superviser la manœuvre. Le programme d’instruction de disponibilité opérationnelle – niveau intermédiaire (navires multiples) du NCSM Winnipeg se déroulait en même temps que le RIMPAC, mais ce jour‑là, le PM 2 Jensen n’était pas là pour évaluer un exercice d’entraînement en mer.

« En ce qui concerne cette manœuvre particulière, nous représentons le vérificateur de munitions de la Formation pour veiller à ce que le navire soit exploité conformément aux règles de sécurité et aux politiques », a mentionné le PM 2 Jensen. « Donc, il s’agit moins d’entraînement en mer et plus de sécurité. »

« La sécurité est la préoccupation principale de la MRC », a ajouté le Ltv St-Aubin. « Nous prenons des précautions à tous les niveaux et dans le cadre de toutes les manœuvres, ce qui concerne également cette nouvelle capacité temporaire. Un briefing sur la sécurité est donné à toutes les personnes qui participent à la manœuvre; toutes les personnes qui se trouvent dans l’espace de travail doivent porter un casque et des gants de sécurité lorsqu’elles manipulent les câbles, et le technicien en génie des armes qui doit se trouver en hauteur sur la superstructure du missile pour aider à aligner les conteneurs dans leur emplacement correct portera un harnais à cinq points d’attache. Du point de vue technique, nous voulons nous assurer qu’avant d’embarquer les conteneurs d’ESSM, les membres du personnel du navire Winnipeg sont satisfaits de leur état général ainsi que des connecteurs. »

Même s’il ne s’agissait que d’une capacité temporaire, la valeur de cette instruction ne peut être sous-estimée.

« Notre capacité à faire ces choses et à nous adapter, comme le fait de pouvoir transférer des ESSM sans l’aide d’autres unités, est un bon exemple de la façon dont nos techniciens peuvent rapidement apprendre une compétence, la mettre en pratique, l’appliquer en toute sécurité et ensuite amener cette capacité au Winnipeg dans le cadre du déploiement », a déclaré le PM 2 Jensen.

On a débarqué les ESSM Warshot du Regina avec succès. Puis on les a montés à bord du Winnipeg. Le transfert s’est fait. Cette manœuvre sera-t-elle répétée? Tout dépendra des mesures d’atténuation liées à la COVID-19 dans le futur.

« Nous devrons peut-être recommencer », a déclaré le PM 2 Jensen. « Et nous [l’équipe du génie des systèmes de combat du Winnipeg] aurons l’expertise que nous pourrons utiliser pour appuyer un autre navire qui pourrait avoir à le faire. »

Tout au long de la manœuvre, de la planification jusqu’à l’exécution, il y a eu de nouveaux obstacles à franchir. Le succès du transfert d’ESSM témoigne du travail acharné de l’équipe et de sa capacité à trouver des solutions à des problèmes dont elle ne se rendait pas compte, parfois.

« Nous sommes constamment confrontés à de nouveaux problèmes à résoudre », a expliqué le Ltv St-Aubin. « Il est essentiel de comprendre la tâche et l’état final souhaité, ainsi que de veiller à ce que la sécurité soit toujours maintenue. Nous avons dû faire preuve d’adaptation et de flexibilité. »

Le NCSM Winnipeg participe à l’opération PROJECTION dans la région de l’Asie-Pacifique pour mener des opérations de présence navale avancée jusqu’en décembre 2020. Pendant son déploiement dans la région, le NCSM Winnipeg sera également mis à contribution dans le cadre de l’opération NEON, qui constitue la participation du Canada à un effort multinational coordonné visant à appuyer la mise en œuvre des sanctions imposées par le Conseil de sécurité des Nations Unies à la Corée du Nord.