Capitaine de vaisseau Seana Routledge

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Profil de marin / Le 22 juillet 2020

La première femme à atteindre le grade de capitaine de vaisseau (capv) en sa qualité d’officier de marine – service technique dans la Marine royale canadienne (MRC) entrevoit un brillant avenir pour celles qui se lanceront dans une carrière militaire en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM).

« La technologie évolue constamment, et présentera sans cesse des possibilités aux membres des domaines STIM pendant encore des années, particulièrement dans le secteur de la construction navale et du soutien en service », déclare le Capv Seana Routledge, directrice de projet adjointe – Transition au Bureau de gestion du projet (BGP) du Navire de combat de surface canadien. « Nous avons besoin d’innovateurs dans notre marche vers l’avenir et les membres des domaines STIM ont un rôle à jouer dans la MRC ».

Le Capv Routledge croit qu’il est possible d’apporter des solutions robustes lorsqu’un groupe diversifié se rassemble pour collaborer à la résolution de problèmes.

« Nous nous battons, tant au sein du gouvernement que dans le secteur privé, pour recruter des femmes qui tiendront des rôles de STIM », signale‑t‑elle. « Si la diversité est absente de notre direction et de l’ensemble de notre organisation, nous risquons fort de voir nous échapper la chance de faire naître des idées novatrices venant d’opinions, de perspectives et d’expériences différentes. »

Le Capv Routledge précise que puisque la MRC souhaite voir plus de femmes tenir des rôles de leadership dans les STIM, elle doit continuer à améliorer la façon dont elle amène des femmes à s’enrôler, la façon dont elle les encourage tout au long de leur carrière et elle doit leur présenter, pour garder ces femmes dans ses rangs, des possibilités égales d’avancement et de perfectionnement. Il faut pour cela que la MRC explore l’idée de donner une certaine souplesse à ses parcours professionnels afin que les femmes puissent travailler à atteindre à la fois leurs buts professionnels et leurs buts personnels.

« Si nous pouvons y arriver, alors la MRC sera plus forte, plus riche et plus efficace dans la réalisation de son mandat. »

Le Capv Routledge dit avoir atteint son grade actuel grâce aux nombreux changements déjà apportés au sein de la MRC au cours des 25 dernières années pour en éliminer les obstacles auxquels se heurtent les femmes.

« Nous savons que rien n’est parfait, mais nous devons continuellement revoir nos politiques, nos processus et nos affectations et continuer de les modifier de manière à garantir l’égalité », rappelle‑t‑elle. « L’analyse comparative entre les sexes plus (un processus gouvernemental selon lequel on peut étudier les répercussions d’une politique, d’un programme, d’une initiative ou d’un service sur différents groupes de femmes et d’hommes), qui fait désormais partie intégrante de nos politiques, est un grand progrès en matière d’assurance de l’égalité dans toutes nos activités. »

Diplômée en génie informatique (2000) du Collège militaire royal, elle dit mener une carrière typique en génie maritime, changeant d’emploi tous les 18 mois en moyenne et travaillant au sein de différentes organisations du génie tant sur la côte est qu’à Ottawa. Ses différentes affectations l’ont enrichie d’une vaste expérience et lui ont donné l’occasion de démontrer son potentiel en leadership au fil de ses progrès de grade en grade.

Elle a la conscience aiguë de constituer un modèle pour les femmes quant à la poursuite d’une carrière dans les STIM au sein de la MRC, même si ce n’est pas ce à quoi elle s’attendait.

« Je n’aurais pas cru être la première femme de mon groupe professionnel militaire à atteindre ce grade et je ne suis pas très à l’aise d’être mise sous les projecteurs », souligne‑t‑elle. « D’autre part, pendant une bonne partie de ma carrière, je ne me considérais certainement pas comme un modèle pour les autres femmes. »

Tout cela a changé il y a quelques années, toutefois, quand une jeune lieutenant de marine l’a arrêtée à l’entrée de leur immeuble et l’a félicitée de sa promotion, à l’époque, au grade de capitaine de frégate (capf).

« Elle m’a dit quelque chose qui m’a marquée : elle m’a dit qu’elle était contente de voir plus de femmes promues à ce grade, car c’était bien d’avoir une femme de plus à prendre pour modèle et à laquelle s’identifier. J’ai compris que, que je le veuille ou non, dans les faits, j’étais devenue un modèle. »

Le Capv Routledge n’hésite pas à créditer son succès à d’autres femmes officiers de marine – service technique, qui, selon elle, ont pavé sa voie avec d’autres premières dans la MRC, et qui lui ont permis d’atteindre ses buts.

Elle ajoute que le Commodore (Cmdre) Josée Kurtz, qui était son commandant en second quand elle-même était chef de service du Navire canadien de Sa Majesté (NCSM) Ville de Québec, et qui a été la première femme à commander un groupe maritime permanent de l’OTAN, lui a donné l’envie de poursuivre ses propres buts.

« Son professionnalisme et son sens de l’éthique ont toujours été une inspiration pour moi. »

À son poste actuel, le Capv Routledge est chargée de diriger l’élaboration d’une solution de soutien en service et de maintien en puissance pour le nouveau navire de combat de surface de la Marine afin qu’une fois cette flotte construite et prête au service, tous les mécanismes de soutien, comme les infrastructures, l’instruction, les pièces de rechange, l’équipement d’entretien et la documentation soient là.

« Je me suis donné le but d’élaborer la meilleure solution possible dans les limites des ressources dont je dispose et de faire en sorte que la MRC et le Directeur général – Gestion du programme d’équipement maritime soient en bonne position pour garder ces navires en bon état pendant de nombreuses années », explique‑t‑elle. « Ce n’est pas facile, mais par chance, j’ai une équipe phénoménale qui travaille depuis un certain temps à ce problème complexe. Je m’estime privilégiée d’avoir la chance de collaborer avec eux. »

Le Capv Routledge a aussi dû trouver un équilibre entre sa carrière et sa famille. Elle‑même et son conjoint, un cmdre, ont un fils de deux ans.

« Certains jours, nous atteignons cet équilibre, d’autres jours non. Nous devons parfois travailler le soir et la fin de semaine pour tenir la cadence quand les exigences de nos obligations familiales, ou d’ailleurs de notre emploi viennent menacer cet équilibre. Il demeure qu’une bonne communication, notre soutien réciproque et nos buts professionnels, le partage des tâches ménagères et des responsabilités parentales et, pour tout dire, la souplesse dont font preuve mes supérieurs quand j’ai des choses à régler à la maison sont les clés de notre succès – sans compter qu’une bonne garderie, quelqu’un pour sortir le chien et une femme de ménage font toute une différence! »

Passionnée par la course à pied, le Capv Routledge se détend par la randonnée, la lecture et l’écoute de la musique.

Manifestement, l’avenir s’annonce palpitant pour ceux et celles qui s’intéressent aux carrières en STIM dans la MRC, mais le Capv Routledge précise que, là comme dans toute grande organisation, des difficultés surgiront. Elle croit fermement, tout de même, qu’il vaut la peine de relever ces défis et encourage les autres femmes déjà dans des parcours les menant à des carrières dans les STIM d’envisager de se joindre à la MRC.

« J’ai vécu pendant ma carrière beaucoup d’expériences gratifiantes qui sont venues contrebalancer les périodes difficiles; ces expériences me permettent de rester motivée en vue des autres progrès à accomplir. »